Textes postés pour le concours de fin de semestre automne 2010

D'ores et déjà bravo à Adrienne et à Gillian qui ont courageusement tenté l'écriture en français pour nous faire partager, pour l'une son amour pour Paris et pour l'autre l'intense émotion ressentie sur les plages du débarquement. Mesdemoiselles, merci. Cela promet d'être dur à départager...

Adrienne Hezghia

Dans le poème qui s’intitule « N’importe où hors du monde », Charles Baudelaire a dit « Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas ». Tout au long de ma vie, je me sentais juste comme Baudelaire. Je n’étais jamais heureuse d’être où j'habitais vraiment. Mais, ce semestre, j’ai enfin trouvé une ville où je suis complètement contente. Je suis allé à Paris pour la première fois, et je pense que c’est le plus magnifique endroit au monde. J’aime Paris pour beaucoup de raisons. Principalement, c’est parce que c’est la seule ville qui a réussi à éveiller tous mes sens. Paris captive mes sens de la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat, et le goût.

Quand j’ai vu Paris pour la première fois, il est devenu évident pour moi pourquoi cette ville était une source d’inspiration pour beaucoup d’artistes. La vue de Paris est si belle qu’il semble que chaque rue soit une œuvre d’art vivante. Chaque paysage est si envoûtant que j’ai envie de prendre des photographies de tout ce que je vois, parce que je voudrais conserver la beauté de la ville avec moi pour toujours.

En marchant autour de Paris, j’ai senti l’air froid de l’hiver qui faisait frissonner mon corps. Mais je suis tellement ravie d’être dehors et explorer la ville qu’il semble que la brise fraîche soit un sens rafraîchissant pour toucher.

Mon monument préféré était la Tour Eiffel. J’ai été sérieusement stupéfaite quand j’ai vu la structure grande et magnifique! Je ne pouvais pas croire que quand il a été construit, les gens étaient dégoutés et voulaient la détruire. J’ai eu la chance de voir la Tour Eiffel  quand il y avait un spectacle de lumière, et elle a changé dans toutes les couleurs de l’arc en ciel. C’était tout simplement magnifique. Même si j’ai peur de l’altitude, j’ai adoré être en haut de la tour. La vue nocturne d’en haut de Paris était spectaculaire. Il y avait beaucoup de bruits d’excitation des gens, parce que tout le monde prenait plaisir à voir la tour.

Après une longue journée,  j’aime profiter de la bonne nourriture. Le goût de Paris est un mélange délicieux de mes deux types de nourriture préférées-- des desserts sucrés et des fromages savoureux. Le goût merveilleux de la cuisine parisienne est si délectable en bouche que je me suis transformée en gloutonne. Même l’odeur de la nourriture est hypnotique. En fait, je n’ai pas arrêté de manger en excès, même quand j’ai eu mal aux dents !  J’ai essayé d’innombrables types différents de pâtisseries et de desserts, comme le croissant, les mille feuilles, le pain aux raisins, la galette des rois, la guimauve, les carambars, et bien plus encore. À mon avis, les macarons de Ladurée sont les plus alléchants.  J’étais accro après ma première bouchée de cette minuscule pâtisserie avec l’extérieur croustillant et l’intérieur crémeux et tendre. J’ai adoré le mariage de textures et la pléthore de saveurs. J’ai aussi goûté plusieurs sortes de fromages. Mon repas de fromage préféré est la raclette. Je pourrais manger du fromage fondu tous les jours. En général, la nourriture française est vraiment divine.

J’espère qu’un jour je retournerai à Paris et y séjournerai pour une période beaucoup plus longue.

Gillian Rhodes

Samedi 30 octobre : Nous projetons de prendre le bus – bus verts, ligne 70. Départ de Bayeux à 12h15, arrêt au cimetière américain, Colleville-sur-mer, Vierville-sur-mer, etc. Nous serions de retour à Bayeux à 17h00.

Mais bien sûr, lorsque nous sommes montés, le chauffeur – quelle chance que j’ai pensé à demander ! –  nous a dit que le bus de 17h00 s’était arrêté depuis la fin du mois de septembre et que nous devrions prendre celui de 14h17, ce qui ne nous donnait qu’une heure pour tout visiter.

« Sinon, vous pouvez prendre un taxi, » nous a suggéré le chauffeur.

« Combien ? »

« Vingt-cinq euros.»

Il n’a pas coûté vingt-cinq euros, il a coûté trente-huit euros, mais enfin c’était une bonne idée de prendre le taxi, parce que je l’ai appelé après 17h00. Nous avons vu le cimetière américain, la plage d’Omaha et le Musée Mémorial d’Omaha Beach, et avons même eu le temps de manger un petit repas pour le déjeuner.

Il faisait beau en ce jour automnal ; pas trop frais, du soleil. L’eau avait une apparence particulièrement bleue qui faisait ressortir le vert des collines. Il ne reste pas beaucoup, tu vois, de souvenirs de la guerre. Des vaches paissent sur la colline étonnamment raide. Je me rends compte que les Allemands ont eu, à l’époque, une position de supériorité. Leurs casernes existent toujours, elles sont cachées dans la colline. Elles sont vides aujourd’hui, pendant que le lierre et les pelouses poussent lentement autour, au-dessus, au-dessous. Les blockhaus sont recouverts de mousse. J’y ai vu un papillon, assis d’une manière guindée. Une image peut-être ironique, j’ai pensé, ou bien simplement belle.

Le cimetière, au contraire, est parfaitement cultivé par rapport aux collines sauvages. Les pelouses entretenues méticuleusement rendent hommage aux croix blanches infinies, et à quelques étoiles de David. Il y a plus de 9000 tombes ici. En marchant parmi elles, je me rends compte combien de soldats sont morts entre juin et août 1944. Quelques tombes n’ont pas de nom et sur la croix est écrit « Ici repose en gloire honoré un compagnon d'armes. Connu qu’au Dieu. »

J’en ai trouvé une datée du 6 juin 1944. Div. 1. Ce soldat était dans la première division et il est mort le premier jour. Il a dû être un des premiers à mettre le pied sur les plages. Le premier à  marcher directement vers la fusillade allemande.

Alors que nous descendions la colline, je me suis demandée si en ce matin du 6 juin 1944 il faisait beau, si le soleil brillait ou s’il était noir, gris, nuageux – plus approprié pour le travail sanglant qui allait arriver. J’ai regardé la plage en imaginant le jour d'avant le débarquement, au moment de monter sur les bateaux partant d’Angleterre pour l’autre côté de la Manche, puis de voir la plage se rapprocher et puis avoir assez de courage pour y descendre et marcher en avant.

Les troupes américaines ont débarqué à Omaha à 6h30 du matin. À 8h00, elles avaient gagné la première poche de terre défendable. Une heure et demie, ce n’est rien dans l’ordre des choses, mais j’imagine que cela a du sembler durer une éternité. Au musée il y a des photos et des vidéos de l’invasion et j’ai pensé que dans la réalité, la guerre est vraiment différente que telle qu'elle est montrée dans les films – là, elle est rapide, soudaine. Ces films – ici elle est lente, traînant, trébuchée. Les soldats courent ou marchent à travers le paysage interminable, ils traînent leurs blessés jusqu’aux bateaux, ils existent, remarquablement, au milieu du chaos.

Les témoignages des vétérans se ressemblent dans plusieurs choses ; ils remarquent que l’atmosphère était « tendue ; ils parlent avec une étrange et remarquable franchise des batailles ; comment ils avaient tous peur, comment les cadavres jonchaient sur la plage.

500 hommes sont morts les premières minutes. C’était le prix pour cette petite poche de terre défendable. Un cimetière spontané s’est improvisé mais il a fallu le déménager, afin que les hommes qui approchaient ne voient pas les 500 tombes  qui étaient déjà là. 500 morts dans la première vague. On a eu raison de l’appeler Bloody Omaha.

Pendant toute la journée, je ne pouvais pas m’empêcher de l’imaginer, imaginer le débarquement, la météo, le courage incroyable de tels hommes.

Ce qui est marquant, c’est que ces plages, ce paysage, se souviennent. Les vagues ont effacé le sang il y a longtemps et les coquilles des moules remplacent les cadavres, mais tout s’est déroulé ici. Un homme avec une arme à feu était debout où le papillon s’assoit maintenant. La guerre n’a jamais eu lieu sur le territoire américain – mais ces gens ici se souviennent, ou ils ont de la famille qui se souvient. Ils ne peuvent pas oublier – même si la vie continue ces jours, les petites maisons se nichent dans le coteau. Le paysage tremble  avec une sorte de souvenir profond et sombre. Ce n’est pas vraiment triste, même pas cassé. C’est comme dans son estomac, dans l’âme de cet endroit – il se souvient. Silencieusement. Tranquillement. Laissant le soleil couvrir le sable et l’eau et les pelouses et battant – comme ça, boum, boum.