Décider d'écrire encore en français

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C’est peut-être la troisième fois que j’essaie d’écrire cet article. Les niveaux de langue française m’échappent. J’y pense souvent. C’est peut-être parce que j’en perçois mes limites.

Je suis drôle en anglais. J’ai la répartie facile et notamment en politique. J’explique les nuances des débats autour de la table à dîner. Je ne peux le faire que parce que je suis intelligent en anglais. Toutes mes meilleures pensées, je les ai réfléchies aidé de mes vingt ans de langue anglaise.

Cela prend beaucoup de temps, apprendre comment s’engager avec une langue. Cela commence avec de la répétition : on écoute, on dit la même chose, on est corrigé, on comprend la puissance de son propre avis donné par les mots. La maîtrise, l’apprentissage de la langue, dans un premier temps (les premiers mois de vie) n’est qu’imitation, tout comme en un sport où il s’agit d’un système de réactions dites « réponses ». Cela étant adulte, l’effet miroir (imitation) joue toujours. Exemple : « aïe » que les étrangers (à la langue française) s’approprie rapidement à la place de « ouch ».

Penser n’est pas pareil. C’est peut-être pour cela que les bébés apprennent si vite comment employer leur langue maternelle. Toutes leurs phrases expriment des besoins : manger, boire, dormir, comprendre. Ils comprennent le monde dont ils ont besoin ; le reste ils l’imaginent, construisant des idéaux à partir de ce qu’ils savent – c’est-à-dire pas grand-chose, puisque nous ne communiquons avec les enfants qu’à propos de choses que nous pensons qu’ils comprendront, et ce qu’ils comprennent est, encore une fois uniquement une question de besoins.

Les besoins des adultes ne sont pas aussi simples. Ils comprennent les besoins/devoirs vitaux pour atteindre une vie minimale décente : un travail, un toit, une rémunération correcte etc. .toutes choses qui sont encore très difficiles pour beaucoup de personnes dans ce monde si compliqué.  En apprenant une langue étrangère, on ne peut pas se satisfaire avec les petites phrases réactives, quand on pense déjà aux choses plus grandes. Et dès qu’on y pense, on commence par traduire. Si on n’a pas les mots pour s’exprimer, c’est plus facile de les penser dans sa langue maternelle pour traduire le nécessaire.

Mais les enfants n’ont aucun mot pour ces pensées – leur traduction est celle de la langue pure. Il ne leur faut pas apprendre le sens des mots nouveaux, mais les mots pour leurs sens, déjà formé. On a l’opportunité de remplir les trous au lieu de chercher dans le noir.

Continuer à écrire dans une autre langue, la parler, c’est aussi apprendre à y penser. C’est apprendre la réactivité de la logique. C’est s’habituer à ressentir dans une langue. C’est choisir de vivre une partie de la vie dans cette langue. Et de la même manière qu’on s’habitue à une culture, c’est pareil avec la langue : cela vient peu à peu.

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En reconnaissant encore et encore que je fais quelque chose comme apprendre une langue et comment y penser, un choix qui effectue littéralement la manière de laquelle je vis, je me demande toujours : pourquoi le français ? Il est bizarre et peut-être concernant que je n’ai pas choisi une autre. Il y a une raison pour laquelle l’expression lingua franca existe. Le français est plus facile que l’on pense, car il a aussi servi en tant que porteur de la pensée occidentale. C’est pour cela qu’il me sert : je peux mieux lire l’occident et les langues qu’il a consumés. Mais notre logique n’est pas la seule. Je continuerai à apprendre des langues.

Texte Max Binder, Columbia University - Image internet