Réalisation après réalisation : un processus de redécouverte

Je suis venue à Paris au mois de janvier dernier avec quelques attentes. Contrairement à mes amis, je souhaitais retourner dans mon pays d’enfance. Je m’attendais à retrouver mes repères, à ce que mes grands-parents n’aient pas changer leurs habitudes, à des réunions d’enfance, ainsi qu’à de nouvelles rencontres. J'espérais remonter ma moyenne générale. Je ne me rendais pas compte que j’aurais pu continuer cette liste indéfiniment. Mais qu’en est-il maintenant, presque deux mois plus tard ? Paris m’a rappelé que le temps passe sans me laisser réfléchir à cette liste au fond de mes pensées. En effet, le temps se déroule à une telle allure que je n’ai simplement pas le temps de cocher tous mes vœux sur papier, comme une liste de tâches à faire pendant mon semestre à Reid Hall.

Au contraire, je découvre que des tâches beaucoup moins superficielles m’attendent. A Paris, je me doute de mon identité, ou plutôt de toutes les facettes de mon identité. Je ne suis plus simplement dans mon pays natal. Je redécouvre mon propre pays natal, et ce fait me rend étrangère dans mon propre pays. Fille à passeport français, fille née à Paris, fille ayant été scolarisée quasiment dix ans dans le système français, j’ai encore tant de choses à apprendre. Je m’habitue au changement de métro, je visite le seizième arrondissement où j’ai vécu mes premières années d’école primaire. De ce passé, certaines choses me manquent, alors que d’autres, comme la foule qui sort du stade du Parc des Princes le jour d’un match de foot, m’ennuie plus qu’auparavant. Je me rends même compte que je fais beaucoup plus attention aux actualités selon leur pertinence par rapport à ma propre vie. Moi qui connaissait Charlie Hebdo il y a dix ans, aujourd’hui je me rends compte que je ne tolère pas leurs unes autant que la plupart des Français.

Je ne suis pas la seule à oublier parfois que les choses ont changé, que je n’ai pas fini mon apprentissage. Reid Hall m’a invité à assister à une dégustation de vins, où je me suis rendue compte que les Français eux-mêmes croient aux stéréotypes des Français. J’apprends dès les premières minutes que le sommelier assume que j’ai déjà appris mon vocabulaire de vins, que je connais ma géographie de vins et de fromages par cœur, que ceci fait partie de l'éducation publique du Français à laquelle je n’ai pas participé.

Je me cache derrière cette identité « française » qui, par conséquent, suggère beaucoup de choses à propos de mon identité qui sont à la fois vraies et fausses. A travers un semestre de retour à Paris, je comprends ma propre identité de mieux en mieux. Et cette conquête vient juste de commencer.

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Texte Judith Teboul, Columbia University, photo Paola Ripoll, Columbia University