Paris, chasme de la civilisation

les catacombes

J'ai quitté vendredi dernier la vitesse de la vie Parisienne pour aller en-dessous. Environ vingt mètres sous Paris se trouvent d'énormes carrières qui comprennent les catacombes. Sept millions de squelettes y sont enterrés. De l’eau dégouline du plafond. Même sous Paris il pleut.

Paris est une ville d’artifice. La terre elle-même a été transformée par sa construction. Des milliards de tonnes de pierre ont été enlevés, formés en des bâtiments, tous se ressemblant. Plus de la pierre après que le Baron Haussmann a arraché la ville pour le reconstruire dans son image divine. Il reste trois cent kilomètres des carrières hors des catacombes. Voilà les fosses où Paris s’est purgée d’elle-même pendant cette transition. Voilà que le grand phare de la civilisation reste debout sur des chasmes énormes qui menacent contre sa stabilité, en risquant tous les jours la possibilité que la pierre de Paris rentrera à son domicile d’origine.

Quel symbolisme pour le changement et la stabilité semblable d’une ville qui se porte en tant que centre de l’occident, son art, son écriture, et sa beauté ! Paris ne reste pas si immaculé que tout le monde s’imagine. Quelle profondeur que la ville paraît refuser la modernité en même temps qu’elle se change tout au long son histoire et maintenant commence à s’effacer. Les plus grands centres de paris se remplissent de boutiques. Avec chaque année nouvellement passée se lève un bâtiment moche, plat, énorme, qui fait contraste à ceux en calcaire, tout de cinq étages. La tour Montparnasse disparaît des images internationales de « la ville de la lumière » proverbiale.

Encore voyagent à Paris les artistes et touristes et diplomates du monde pour participer à l’expérience de la nostalgie. Encore pensent des penseurs français et étrangers dans les cafés. Même si le titre lingua franca est passé à l’anglais. Même si et peut-être parce que la civilisation partout d’ailleurs est en train de se détruire et se reconstruire à chaque instant. Voilà un des seuls vestiges du monde ancien occidentale, étant lui-même une reconstruction. Il suggère l’éternité, au moins pour des gens blancs, malgré les trous immenses qui semblent, éventuellement, aller consumer la ville.

Soit la ville du passé, soit celle de rêves, le Paris d’aujourd’hui n’est plus ce qui indiquera le futur, quoiqu’il s’y promène avec le reste du monde.

Texte et photo Max Binder, Columbia University