Notre-Dame est-elle toujours la nôtre ?

Alors qu’il me restait plusieurs pages d’un essai à écrire, j’étais fixée devant la télé. Des amis avait plus (ou moins) de la chance et l’ont vécu de près. Le monde s’est mis à Tweeter, à liker, à poster sur Facebook … Notre Dame s’est effondrée sous nos yeux…elle brûle pendant des heures et je ne peux que penser que ça fait des centaines d’années que son feu dure. Je pense aussi que des centaines d’années d’histoire ont l’air de se démolir en si peu de temps. Mais en un jour, on est passé de la tristesse à l’irritation. Au départ, la majorité de mes amis avaient l’air choqué, même bouleversé par le phénomène.

Dès qu’on se rend compte que sa structure unique demeurera sous les flammes, on se sent soulagé. Et pourtant, mes amis deviennent irrités par la facilité avec laquelle des corporations se mettent à faire des dons au-delà des millions… Mais pourquoi cet événement nécessite autant d’argent ? Comment est-ce que nous pouvons savoir les coûts d’une telle reconstruction ? Qu’allons-nous faire avec autant d’argent ?

Maintenant que j’ai écrit le mot « reconstruction », je souhaite en discuter, car moi, voilà ce que je pensais : non comment, mais si les français doivent la reconstruire ? Devant la télé, je n’ai eu qu’un flashback en la voyant brulée : l’image choquante des tours jumelles en train de s’effondrer sur elles-mêmes. La fonction de la cathédrale est principalement de pratiquer le catholicisme. Si ses murs demeurent en bonne condition, que faut-il reconstruire ? L’absence est parfois la présence : celle de la mémoire, celle du respect. Ce n’est pas tous les jours qu’on expérience un tel événement de près, mais je suis véritablement troublée par le fait que l’argent de « reconstruction » pourrait être investi à une autre cause, telle que la vie humaine, par exemple …

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Texte et image Judith Teboul - Columbia University