Mon langage

Tenez, deux dollars...euh… je veux dire deux euros...” Bref, quand je prends la parole, il m’arrive de faire beaucoup de fautes d’inattention. Je n’arrive pas complètement à parler en anglais sans passer par un mot, ou bien un accent, en français. Une culture s’attache à l’autre. On parle d’euros en utilisant des dollars. On discute le National Security Council en cours de politique étrangère à Sciences Po, même si le cours est enseigné en français. On grogne avec un « zut » un moment et on lance un « yikes » de temps en temps. Et pourtant, on me comprend la plupart du temps.

Mon langage, c’est ma façon de parler. On a beau souhaité embellir nos CV avec une liste de nombreuses compétences linguistiques, mais en fin de compte, il existe une façon naturelle de communiquer qui, aussi bien pour moi que pour beaucoup de gens dans ce monde moderne, se révèle à travers les voyages. Aujourd’hui, le monde voyage, et je m’en rends compte maintenant que je suis de retour en Europe. Je reviens du Danemark cette semaine et je me demande pourquoi j’ai parlé en français avec mon amie alors qu’on a tendance à passer du français à l’anglais à Paris. Je me demande pourquoi je réponds aux gens que j’habite à Paris quand on me demande d’où je viens en anglais. Et donc, je me demande si ces questions servent à quelque chose à part de me faire réfléchir, à part de me faire évoquer des vérités différentes et pourtant toutes honnêtes. Mon langage change – mes mots, mes références — et pourtant, on me comprend toujours. Tandis que moi, je chercher toujours à me comprendre.

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Texte et photo, Judith Teboul, Columbia University