Mode prestige

Cette semaine, je me rend compte de la chance que j’ai d’étudier à Columbia, et plus précisément, à Reid Hall.

Maryse Condé était assise à trois chaises de la mienne, j’ai assisté à une conférence avec la fameuse Christiane Taubira, j’étais dans la même salle qu’Aya Cissoko deux fois de suite et le temps était, pour la plupart, magnifique. De cette semaine magique et pleine de rencontres, je souhaite mettre en valeur la rencontre que le cours de Paris Noir a eu avec Maryse Condé. Sa sagesse était incontestable — dès qu’on lui posait une question, elle s’exprimait de sa propre façon avec des phrases réfléchies. Parmi ses réponses uniques, j’ai préféré celle qui a touché tous les étudiants ayant des projets d’écriture dans leur futur. Elle nous a expliqué qu’elle n’avait justement pas de conseil à nous offrir, nous les jeunes écrivains. En revanche, peut-être elle nous a conseillé, sans s’en rendre compte, du besoin de suivre sa propre voix, sa propre vérité. Le meilleur conseil qu’elle puisse nous donner, a-elle conclué, est de ne pas suivre les conseils des autres.

 Je n’étais pas la seule à me sentir éblouie par cette femme, gagnante du prix Nobel alternatif de littérature. Ses critiques, ses étudiants, ses proches se sont rassemblés pour la célébrer en sa présence. Comme ils le constatent tous, il est rare de trouver en une seule femme une talentueuse écrivaine, une philosophe, une citoyenne du monde, une véritable puissance humaine. Reid Hall, merci de m’avoir introduit à Maryse Condé : son histoire, ses œuvres et à l’importance d’écouter ces voix qui sont toujours aujourd’hui diminuées dans la présence d’une élite, de gens nés ayant échappé aux obstacles dans la poursuite de la prospérité. Dans le cas de Condé, ses obstacles se traduisent en un véritable hommage à la persévérance.

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Texte Judith Teboul, Columbia University - Photo CUP