Au revoir Paris

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L’aéroport Orly. Comme il est haïssable même si on ne vole pas avec Easyjet. Je fais la queue à Iceland Air pendant 45 minutes. Le vol a un retard de 30 minutes ; heureusement, j’ai une correspondance d’une heure, je ne devrais donc pas avoir peur de la rater. Je ne dois pas, mais je l’ai.

Je voulais que mon départ de Paris soit simple ; mais rien n’est jamais aussi simple qu’on le souhaite. Les longues queues ; une interruption de service d’Orlybus ; la RATP qui semble ne jamais avoir d’ascenseur ou d’escalier mécanique uniquement pour les touristes, et moi, je portais mes valises énormes qui, comme la balance à l’aéroport me l’a confirmé, ont chacune un poids supérieur à 20 kilos (mais pas beaucoup plus, car je n’aurais pas pu les apporter à l’avion.)

Alors je dis un au revoir étrange à Paname (ou Pan âme, peut-être, comme toutes les âmes de Paris, desquelles le smog me séparera rapidement) J’ai dit au revoir à ma famille d’accueil avec une note ; puis oralement à mon bâtiment ; ensuite à l’arrêt Vavin en le passant en métro. Le couple à côté de moi, maintenant bien assis en avion, discute en français. Le steward parle aux passagers en anglais. Je quitte la francophonie définitivement. Les chants de noël que joue la radio sont en islandais ; il y aura toujours les choses que je ne vais pas comprendre.

Qu’est-ce qui me manquera ? J’ai mangé encore un sandwich rosette à un prix deux fois supérieur à celui de chez Julien de la rue Vavin. Ma dernière conversation en français pour le moment a été avec une gardienne de sécurité, et elle a finit par me dire en anglais de prendre encore un plateau. Je regarde la ville obscurcie par la fenêtre. On est prêt à décoller. Au revoir, le smog. Au revoir les nuages plats, monotones. Au revoir aux odeurs de pipi dans les coins et de jambon dans les boulangeries. Au revoir, mes z’amis de la ville de lumière. J’espère d’en faire plus la prochaine fois.

Je touche le petit écran du siège avant moi, parcourant les émissions. Quel divertissement peut possiblement me divertir de Paris ?

(Une réponse préliminaire : l’attente. Rien d’Iceland Air ne suggère que la phrase « à l’heure » porte un sens réel. Je ne m’étonne pas en asseyant dans ce qui doit être oui, encore une queue. J’espère que cela ne devient pas une tendance après aujourd’hui. Enfin arrive le message « aller à la porte, » quinze minutes avant le départ prévenu. Au moins, on soupçonne de partir. Mais n’importe quand.)

Texte Max Binder, Columbia University - Photo internet